Soupe de poisson bretonne : la recette des poissons de roche
Cuisine bretonne

Soupe de poisson bretonne : la recette des poissons de roche

Par Soizic Tanguy 22 septembre 2026 5 min de lecture

L'essentiel
La soupe de poisson bretonne se fait avec ce que la criée appelle la friture ou les poissons de roche : petits grondins, rougets barbets, vieilles, crabes verts. On les cuit entiers, écaillés et vidés, dans un fumet aux aromates, puis on passe le tout au moulin à légumes. Comptez quarante minutes de cuisson, pas davantage, et un passage au chinois si vous la voulez veloutée.

Je n’ai pas de poissons de roche

Un mélange de têtes et d’arêtes de poissons blancs, avec deux crabes verts, donne déjà un excellent résultat. Le poissonnier les cède souvent pour presque rien.

Je veux une soupe bien lisse

Moulin à légumes grille fine, puis chinois en pressant fort. Le mixeur plongeant est à éviter : il broie les arêtes et rend la soupe amère.

J’en fais une grande quantité

Elle se congèle très bien avant l’ajout de crème ou de safran. Congelez en portions, et rectifiez l’assaisonnement à la décongélation.

En Bretagne, la soupe de poisson n’est pas un plat de chef : c’est ce qu’on faisait de l’invendu et du trop petit pour être vendu. Cette origine explique sa richesse — elle concentre les poissons de roche, qui ont peu de chair et beaucoup de goût.

Quels poissons prendre, et où les trouver ?

Le principe : des petits poissons variés, à chair ferme, avec beaucoup d’arêtes et de tête. Ce sont elles qui donnent le corps et la couleur.

  • Grondin, rouget barbet, vieille : la base, disponible sur presque tous les étals bretons.
  • Crabe vert ou étrille : deux ou trois suffisent à transformer la soupe. C’est l’ingrédient qui fait la différence.
  • Congre en tronçon : il apporte du gras et de la tenue.
  • Têtes et arêtes de poissons blancs : lieu, merlan, saint-pierre. À demander au poissonnier, souvent cédées pour une somme symbolique.

Évitez les poissons gras à chair forte, maquereau, sardine ou thon : ils dominent tout et rendent la soupe âcre après réchauffage. Trois à quatre espèces suffisent.

Bateaux de pêche dans un port breton
La criée reste le meilleur endroit pour trouver les poissons de roche, vendus en lots, souvent en fin de vente.

La recette, pour six

Il vous faut : 1,5 kg de poissons de roche variés, 2 crabes verts, 2 oignons, 1 blanc de poireau, 2 gousses d’ail, 3 tomates mûres (ou une cuillerée de concentré), 1 branche de fenouil, 1 feuille de laurier, une pincée de safran, 10 cl d’huile d’olive, sel et poivre.

  1. Préparer les poissons. Écailler, vider, retirer les ouïes — c’est elles qui amènent l’amertume. Rincer à l’eau froide. Rincer aussi les crabes, sans les ouvrir.
  2. Faire suer. Oignons, poireau et ail émincés dans l’huile, à feu doux, huit minutes, sans coloration.
  3. Ajouter les poissons et les crabes. Laisser raidir cinq minutes en remuant, puis ajouter les tomates, le fenouil et le laurier.
  4. Mouiller à hauteur, deux centimètres au-dessus, avec de l’eau froide. Porter à frémissement, jamais à gros bouillons.
  5. Cuire 35 à 40 minutes à petit feu, en écumant une fois ou deux.
  6. Passer au moulin à légumes, grille moyenne d’abord, puis grille fine. Remettre la soupe sur le feu, ajouter le safran, rectifier.

Une cuisson plus longue n’améliore rien : au-delà de quarante-cinq minutes, les arêtes libèrent des composés amers et le goût se brouille.

Moulin, mixeur ou chinois ?

C’est là que se joue la texture, et beaucoup de recettes restent vagues sur ce point.

Le moulin à légumes est l’outil juste. Il écrase la chair, laisse les arêtes dans le tamis et rend une soupe dense.

Le mixeur plongeant pulvérise les arêtes : la soupe devient granuleuse et amère. À réserver au cas où l’on n’a vraiment que lui, après un premier passage au tamis.

Le chinois vient en finition, pour la version veloutée : on presse fermement à la louche et on gratte le dessous.

Servez-la brûlante, la rouille à part

Élément Quantité pour 6 Détail
Poissons de roche 1,5 kg 3 à 4 espèces, crabes compris
Cuisson 35 à 40 min Frémissement, jamais de gros bouillon
Rouille 1 jaune d’œuf, 15 cl d’huile Ail, piment doux, une pointe de safran
Croûtons 12 tranches Pain rassis, frottés d’ail, séchés au four
Fromage râpé 150 g Pâte pressée, servi à part
La soupe se sert brûlante, la garniture à part. Côté verre, un blanc sec et vif tient tête au safran ; les bières bretonnes s’en sortent tout aussi bien.

Évitez les trois erreurs qui gâchent tout

Laisser les ouïes. C’est l’erreur numéro un, et elle est irrattrapable : l’amertume se répand dans toute la marmite.

Faire bouillir. Le gros bouillon émulsionne les graisses et trouble la soupe. Un frémissement suffit, du début à la fin.

Saler trop tôt. La soupe réduit pendant la cuisson et se concentre. On sale à la fin, après le passage au moulin, quand le volume est fixé.

Une dernière chose : elle est meilleure le lendemain. Préparez-la la veille, laissez-la reposer au froid, et réchauffez sans bouillir — c’est le même principe que pour les plats préparés la veille, dont les saveurs se lient en refroidissant.

Peut-on la faire avec du poisson surgelé ?

Oui, avec des têtes et arêtes surgelées ou un mélange de poissons blancs. Le résultat est correct, moins parfumé qu’avec des poissons de roche frais.

Combien de temps se conserve-t-elle ?

Trois jours au réfrigérateur dans un récipient fermé, plusieurs mois au congélateur avant ajout de crème ou de safran.

Quelle différence avec la bouillabaisse ?

La bouillabaisse sert les poissons entiers à part, avec le bouillon. La soupe bretonne passe tout au moulin : on ne mange que le liquide, plus dense et plus rustique.

Prenez trois espèces de roche et deux crabes, retirez les ouïes sans exception, et arrêtez la cuisson à quarante minutes. Préparez-la la veille : c’est là qu’elle prend sa vraie dimension.

Source

FranceAgriMer, données sur les espèces débarquées dans les criées bretonnes : saisonnalité et disponibilité des poissons de roche, consultées le 22 septembre 2026.

Sur la conservation au froid des plats bretons, nos repères pour garder des crêpes sans les dessécher valent aussi pour une soupe préparée la veille.

Soizic Tanguy

Soizic Tanguy

Quinze ans en cuisine dans une crêperie du Finistère avant de tenir ce carnet. Elle teste chaque recette chez elle, avec le matériel que tout le monde a.

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