Farz pitilig : pâte épaisse, feu moyen et retournement à l’assiette
Cuisine bretonne

Farz pitilig : pâte épaisse, feu moyen et retournement à l’assiette

Par Soizic Tanguy 5 septembre 2026 6 min de lecture

Le farz pitilig est un far breton cuit à la poêle, entre la pâte à crêpe épaisse et l’omelette dorée. Si vous cherchez un repère simple, gardez en tête trois choses : une pâte dense, une cuisson à feu moyen et une épaisseur d’environ 1 cm. Le reste tient surtout au moment du retournement, qu’il faut faire sans se presser.

Ce qu’est vraiment le farz pitilig

En Bretagne, le mot farz désigne plusieurs préparations à base de farine, pas seulement le far sucré aux pruneaux que beaucoup connaissent. Le farz pitilig, lui, se prépare comme un far à la poêle. On verse une pâte épaisse dans une poêle beurrée ou huilée, puis on la cuit comme une grosse galette moelleuse, avec des bords légèrement croustillants.

Farz pitilig breton doré servi en part épaisse, recette farz pitilig sur assiette
Farz pitilig breton doré servi en part épaisse, recette farz pitilig sur assiette

On le rencontre surtout dans les cuisines de maison, quand il faut nourrir la table avec peu d’ingrédients. Dans le Finistère, il accompagne volontiers un repas simple, parfois en soutien d’un plat en sauce ou dans l’esprit du kig ha farz. Il ne faut pas le confondre avec le farz noir cuit dans un sac, ni avec le farz buen, plus émietté et souvent revenu au beurre. La différence se joue autant dans la texture que dans l’usage.

La texture à viser

La bonne texture n’est ni celle d’une crêpe fine, ni celle d’un gâteau compact. Votre pâte doit napper la louche et tomber lentement. Une fois cuite, elle doit se tenir quand vous la coupez, avec un cœur souple et une surface dorée. Si elle s’étale comme de l’eau dans la poêle, elle sera trop plate. Si elle forme un bloc lourd, il faudra la détendre avec un peu de lait.

Les ingrédients de base pour une poêle familiale

La recette reste volontairement sobre. C’est ce qui fait son intérêt : farine, œufs, lait, sel, et matière grasse pour la cuisson. Vous pouvez utiliser du lait entier pour une pâte plus ronde, ou du lait Ribot pour une note plus acidulée, surtout si vous servez le farz pitilig avec du beurre demi-sel. Le goût reste franc, sans besoin d’en faire trop.

Ingrédient Quantité repère Rôle dans la recette
Farine de blé 250 g Donne la tenue et l’épaisseur
Œufs 3 Lient la pâte et aident à la cuisson
Lait 35 à 40 cl Détend la pâte sans la rendre liquide
Sel 1 pincée généreuse Assaisonne, même en version sucrée
Beurre demi-sel ou huile 1 noix ou 1 cuillère Évite d’attacher et colore les bords

Pour une version sucrée, vous pouvez ajouter une cuillère de sucre dans la pâte, mais je préfère souvent sucrer après cuisson. Le dessus reste plus net, et chacun dose à table. En salé, gardez la pâte nature et servez-la avec une sauce, une tranche de lard grillé, des œufs ou des légumes revenus. Le plat garde ainsi sa souplesse.

Préparer la pâte sans grumeaux

Versez la farine dans un saladier, ajoutez le sel, puis faites un puits. Cassez les œufs au centre et commencez à mélanger doucement, en ramenant la farine petit à petit. Ajoutez le lait en plusieurs fois, jamais tout d’un coup. C’est le même geste que pour une pâte à crêpe, mais vous devez vous arrêter avant qu’elle devienne fluide. La pâte doit rester plus épaisse et plus lourde qu’une pâte classique.

Le repos d’1 heure n’est pas une coquetterie. Il hydrate la farine et rend la pâte plus régulière à la cuisson. Si vous êtes pressé, vous pouvez cuire sans repos, mais surveillez davantage le feu, car une pâte fraîchement battue marque plus vite dessous tout en restant molle au centre. Avant de cuire, remuez encore une fois, car la farine peut retomber au fond du saladier.

Pensez à votre poêle comme à un petit canal de chaleur. Le beurre fondu doit circuler partout avant l’arrivée de la pâte, sinon la cuisson partira d’un seul côté et le farz se déchirera au retournement. Inclinez la poêle, laissez la matière grasse glisser jusque sur les bords, puis versez la pâte au centre. Ce geste répartit la chaleur et crée une fine pellicule entre le métal et la pâte.

Cuire et retourner le farz pitilig sans le casser

La bonne épaisseur dans la poêle

Chauffez une poêle antiadhésive à feu moyen, ajoutez le beurre demi-sel ou l’huile, puis versez 2 à 3 louches de pâte. Visez environ 1 cm d’épaisseur. Plus fin, vous obtiendrez une crêpe épaisse. Plus haut, le centre risque de rester pâteux pendant que le dessous brunit trop.

Laissez cuire sans remuer. Les premiers signes sont faciles à lire : les bords se raffermissent, le dessous sent légèrement le beurre noisette, et le dessus devient moins brillant. Ne montez pas le feu pour gagner du temps. Le farz pitilig demande une chaleur régulière, comme une omelette épaisse. Si vous forcez la cuisson, la surface colore trop vite et l’intérieur suit mal.

Le retournement à l’assiette

Quand le dessous est doré et que le dessus commence à se tenir, posez 1 assiette plate sur la poêle. Retournez d’un geste franc, puis faites glisser le farz dans la poêle pour cuire l’autre face. Si vous n’êtes pas à l’aise, utilisez une grande spatule, mais l’assiette reste plus sûre pour une pièce épaisse. Le mouvement doit être net, pas brusque.

Si le farz se fend, ce n’est pas grave. Baissez un peu le feu, rapprochez les morceaux avec la spatule et terminez doucement. La faute vient souvent d’une pâte trop liquide, d’un retournement trop précoce ou d’une poêle mal graissée sur les bords. Dans ce cas, laissez encore une minute ou deux avant de bouger la galette, le temps qu’elle prenne un peu plus de tenue.

Le servir chaud, en salé ou en sucré

Le farz pitilig se mange chaud, dès la sortie de la poêle. C’est à ce moment que les bords sont les plus agréables et que le cœur reste moelleux. Coupez-le en parts comme une omelette épaisse, ou en morceaux plus rustiques si vous le servez au milieu de la table. Il perd vite de son charme s’il attend trop longtemps.

En version sucrée, le plus simple reste le beurre demi-sel qui fond dessus, avec du sucre, du miel, de la confiture de lait ou une confiture de fruits. Le contraste entre la pâte chaude et le sucre posé au dernier moment fonctionne bien, surtout si les bords ont bien doré.

En version salée, servez-le avec un plat en sauce, un œuf au plat, du lard, une saucisse, des légumes poêlés ou un bol de soupe. Avec du lait Ribot, certains aiment le tremper ou le servir à côté, surtout quand le farz est bien doré. C’est simple, mais ça marche, et c’est souvent ce qu’on cherche dans ce genre de plat.

Pour le réchauffer, évitez le micro-ondes si vous tenez aux bords croustillants. Passez les morceaux 3 à 4 minutes à la poêle, à feu doux, avec une noisette de beurre. Le farz retrouve alors une belle tenue, sans devenir caoutchouteux. C’est aussi la meilleure façon de le servir si vous l’avez préparé un peu en avance.

Ce plat a quelque chose de très honnête : peu d’ingrédients, pas de tour compliqué, mais une cuisson qui demande de regarder. Si vous respectez l’épaisseur, le feu moyen et le retournement au bon moment, vous aurez un farz pitilig simple, chaud et nourrissant, exactement comme on aime le poser sur une table de cuisine.

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Soizic Tanguy

Soizic Tanguy

Quinze ans en cuisine dans une crêperie du Finistère avant de tenir ce carnet. Elle teste chaque recette chez elle, avec le matériel que tout le monde a.

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